Savoir lire une étiquette de vin

Les mentions figurant sur les étiquettes des bouteilles de vins répondent à des exigences bien précises. Certaines sont obligatoires, d’autres facultatives. La plupart des informations sont autant d’éléments d’aide à la décision en vue d’un achat. Encore faut-il connaître leur signification, et ne pas se laisser abuser par certaines formulations ou pratiques qui, bien que légales, sont de nature à tromper le consommateur.

Devant la multitude des vins produits, l’étiquette est souvent le seul élément dont dispose l’acheteur parcourant les rayons dans un magasin sachant que la très grande majorité des volumes sont vendus en grande surface. L’objet de cet article est d’aider le consommateur français ou étranger à exploiter au mieux ces informations pour en faire un acheteur un tout petit peu averti.

 

Décryptage d’une étiquette

décryptage d'une étiquette de vin

Contenu d’une étiquette de vin

1 – Volume (obligatoire) :

Les contenants sont en général des multiples de 75cl reconnaissables au premier coup d’oeil. Pour les formats les plus classiques, cette information ne présente pas d’intérêt pour l’acheteur mais elle peut être utile pour les formats moins habituels (à partir de 3 l).

 

2 – Degré alcoolique (obligatoire) :

Le degré est une première indication sur le style d’un vin. Autour de 11% vol., le vins sera léger. A partir de 13% vol. le vin sera corsé, et généreux. Deux points de vigilance doivent amener le consommateur à relativiser cette information :

  • Le degré indiqué ne correspond pas exactement au degré réel d’alcool contenu dans un vin. Celui-ci varie d’une année à l’autre pour un même vignoble puisqu’il est directement corrélé au taux de sucre contenu dans les raisins, et donc à leur degré de maturité. La tolérance entre le degré réel du vin et celui affiché est de 0.5 à 0.8% auquel il faut rajouter la tolérance de mesure. Par exemple, une étiquette indiquant 13% vol. peut en réalité contenir entre 12.3% et 13.8%.
  • Les cahiers de charges AOC-AOP restreignent les valeurs autorisées en matière de degré alcoolique. Par exemple l’appellation « Muscadet » impose un degré minimal de 9.5% tandis que l’appellation « Gigondas » impose un degré minimal de 12.5%. Donc le consommateur qui connaît un peu la typologie des AOC-AOP aura tendance à se fier à cette dernière indication plutôt qu’au degré alcoolique pour juger de la puissance supposée d’un vin.

 

3 – Catégorie de vin (obligatoire) :

Cette indication permet de connaître la position d’un vin dans la hiérarchie réglementaire en matière d’identification du terroir : vin de France (auparavant appelés « vin de table »), indication géographique protégée (IGP), Appellation d’origine contrôlée/protégée (AOC-AOP).

Cette hiérarchie, profondément ancrée dans la culture française et maintenant étendue au niveau européen, ne porte que sur le terroir. Même si beaucoup associent qualité et position dans cette hiérarchie, cette vision est de plus en plus erronée et, hélas, n’est plus suffisante pour orienter l’achat d’un vin. On trouve des vins d’AOC exécrables et des vins de France, parfois appelés « vins d’auteur » de très grande qualité gustative, élaborés hors des règles AOC (par exemple à partir de cépages refusés par le cahier des charges de l’appellation).

De plus, comme expliqué dans un précédent article, certaines AOC sont restrictives, d’autres plus libérales, notamment en termes de choix de cépages. Par exemple, un bourgogne rouge sera toujours produit à partir de pinot noir, tandis qu’un languedoc autorise variété très étendue de cépages.

 

4 – Embouteilleur (obligatoire) :

Le nom et l’adresse du responsable légal du vin doivent figurer.

« Mis en bouteille à la propriété » est un gage d’authenticité : la même personne produit les raisins, vinifie le vin, l’élève et le met en bouteilles. Cela permet de présumer une certaine cohérence dans la conduite du process. Attention toutefois, la propriété s’entend au sens large : les caves coopératives qui sont en fait des co-propriétés peuvent employer cette formulation.

« Mis en bouteille pour/par » : signifie que le process d’embouteillage a été réalisé par une autre personne que le producteur.

« Mis en bouteille au château » : cette formulation n’est autorisée que pour les vins d’AOC-AOP à 3 conditions :

  • le vin doit être produit exclusivement à partir de raisins issus des vignobles de cette exploitation
  • la vinification doit être exclusivement réalisée au sein de cette exploitation
  • l’embouteillage est entièrement réalisé au sein de cette exploitation.

Toutes les mentions listées ci-dessus sont facultatives. La dernière est sans doute la plus qualitative. On peut regretter qu’elle ne soit réservée qu’aux vins d’AOC-AOP et que les autres catégories ne puissent l’utiliser.

 

5 – La marque/domaine (facultatif) :

Ces informations ne servent que d’identifiant. Cela n’empêche pas le marketing. Les termes « château » ou « domaine » fréquemment utilisés ne renvoient souvent qu’à de simples fermes…

 

6 – Le millésime (facultatif) :

Quoique facultative, cette information est souvent indiquée. Les vins issus d’assemblage de différentes années ne sont pas millésimés. C’est souvent le cas pour les champagnes et crémants, ou de certains vins doux naturels. Pour avoir le droit de l’afficher sur l’étiquette, il faut que 85% du vin soit élaboré avec des raisins du dit millésime.

Cette mention est importante pour l’acheteur averti car elle permet d’évaluer les perspectives de garde.

 

7 – Mentions sanitaires (obligatoire) :

Ces mentions ne guident pas l’achat du vin.

« Contient des sulfites » : doit être mentionné dès que le vin contient plus de 10mg/l ce qui est généralement le cas.

Depuis 2007, une mise en garde à l’attention des femmes enceinte est obligatoire généralement sous la forme d’un logo.

 

Le(s) cépage(s) (facultatif) :

Pour afficher un cépage unique, il faut qu’au minimum 85 % du vin soit constitué de ce cépage. De plus en plus de contre-étiquettes (étiquette secondaire située à l’opposé de l’étiquette principale) mentionnent les cépages et leur proportion pour répondre à une demande croissante des consommateurs, convergeant peu à peu vers la pratique et les habitudes de consommation d’autres pays (USA, Afrique du Sud, Australie).

Comme expliqué dans un précédent article, je suis de ceux qui attachent beaucoup d’importance à cette mention, surtout si le vin est constitué d’un seul cépage, car le cépage constitue l’arôme primaire d’un vin, donc ce que le consommateur va ressentir en premier lieu. A force de dégustation, on finit par bien mémoriser les arômes typiques des cépages principaux et, en fonction des circonstances, ou tout simplement de ses préférences propres, on va vouloir acheter un vin à dominante de tel ou tel cépage.

 

Classement (facultatif) :

Certaines régions bénéficient de classements officiels de certains vins (Médoc, Saint-Emilion, Sauternes) à ne pas confondre avec les classements de certains terroirs en « premier cru » ou « grand cru » (Bourgogne, Alsace) qui sont une sur-couche par rapport à la notion d’AOC-AOP.

Les premiers font l’objet de débats sans fin quant à leur pertinence.

Le classement de 1855 est immuable (à quelques rares révisions près) et donc souvent décrié par ceux qui arguent que la qualité des vins n’est pas quelque chose de figé.

Le classement de Saint-Emilion, initié en 1955, est révisé tous les 10 ans. Les conditions de révision de ce dernier sont l’objet de controverses.

Si, globalement, les vins bénéficiant de ces classements sont effectivement des vins de qualité, ces classements sont surtout de redoutables outils marketing. En effet, dans les régions concernées par ces classements, de nombreux vins non classés sont tout autant sinon plus qualitatifs.

 

Bio (facultatif) :

Rappelons qu’il n’existe pas de « vin bio », seulement des vins « issus de raisins de l’agriculture biologique ».

La mention « bio » et le logo AB peut être affiché, ainsi que le numéro d’agrément de l’organisme certificateur. Certains domaines pratiquent une viticulture biologique sans le signaler.

Cela marche aussi pour vins biodynamiques (label Demeter par exemple).

Le critère « bio » en tant que critère d’achat est avant tout un critère éthique bien plus que gustatif.

 

Nom de cuvée (facultatif) :

Cette notion permet pour un producteur de différencier les différents « produits » qu’il réalise à partir de son vignoble. Un peu comme un constructeur automobile va fabriquer différents modèles de voiture dans une même usine, un viticulteur peut faire de même en faisant varier sa méthode de récolte (sélection manuelle des grains ou récolte mécanisée), ses assemblages de cépages, sa méthode de vinification, et son élevage (en fûts de chêne ou en cuve inox). Le nom de la cuvée est avant tout un identifiant. Il ne faut pas se laisser impressionner par les termes employés qui relèvent du marketing : cuvée prestige, cuvée tradition, cuvée réserve…

 

Style de vins (facultatif) :

Toute autre sorte d’information, plus ou moins codifiée, peut être affichée sur l’étiquette ou la contre-étiquette à la discrétion du producteur et constitue souvent une aide intéressante voire déterminante dans l’achat d’un vin.

« vendanges tardives » : mention utilisée en Alsace pour certains vins blancs. Cela se traduit par des vins moelleux au taux de sucre résiduel important. Idéal pour accompagner des desserts

« Sélection de grains nobles » : Cette mention est utilisée en Alsace ou en Anjou pour des vins blancs dont les raisins sont récoltés très tardivement (de octobre à décembre), grain par grain. Cela donne des vins très liquoreux, bien plus sucrés que les vins « vendanges tardives ».

Taux de sucre : généralement exprimé en mg/l, cette indication est de plus en plus mentionnée sur les vins blancs dont l’appellation ne permet pas de présager du caractère sucré ou non du vin, notamment en Alsace. J’en ai parlé plus longuement dans cet article.

« Elevé/vieilli en fût de chêne »: Cela se traduit par un vin boisé dégageant des arômes typiques (vanille,  chocolat,…). Cette mention ne s’applique que si le vin a effectivement été élevé en fût de chêne. Elle ne peut pas être utilisée si le vin a été élaboré avec des morceaux de bois (copeaux). On peut donc avoir un vin boisé même si la mention ne figure pas sur l’étiquette.

 

Autres mentions marketing (facultatif) :

On voit fleurir des mentions séduisantes comme « Grand vin de France/Bourgogne/Bordeaux ». Ces expressions ne sont absolument pas réglementées. En clair, elles ne veulent rien dire !

 

Ce qu’il faut retenir

Malgré cette réglementation hyper-précise concernant le contenu des étiquettes, on peut déplorer que certaines informations ne soient pas obligatoires ou que d’autres, facultatives, ne soient pas mieux encadrées.

Le constat principal que l’on peut faire est que l’essentiel des informations utiles pour guider le consommateur sont facultatives. Résumons les mentions les plus utiles (pour les vins français) :

  • Mentions généralement indiquées : AOC, millésime, « mis en bouteille à », « vieilli en fût de chêne »
  • Mentions très utiles mais rarement fournies : cépage(s), taux de sucre

 

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